Une perle au bord de l’Oued Oum Rabii – Azemmour

Située entre Casablanca et El Jadida, Azemmour recèle des potentialités qui font d’elle une ville culturelle et touristique de premier plan.

Avec sa superficie d’environ 540 hectares, Azemmour, appelée communément Azama ou aussi Moulay Bouchaïb, est demeurée, à travers l’histoire, une ville-symbole. Située à 16 km au nord d’El Jadida, à 72 km au sud de Casablanca et à l’embouchure du fleuve Oum Rabii sur l’Atlantique, Azemmour, dont l’ancienne médina s’étend sur une superficie de 12 hectares, est probablement établie sur l’antique cité d’Azama, qui a été occupée par les Phéniciens avant de tomber entre les mains des Carthaginois et des Romains par la suite.

Elle est délimitée, au Nord, par la commune rurale Sidi Ali Ben Hamdouche, au Sud, par la commune rurale El Haouzia, à l’Est, par la commune rurale Ouled Rahmoune, et, enfin à l’Ouest, par la commune rurale El Haouzia. Sa population est estimée à plus de 45.000 habitants qui résident dans 339 unités de logement, dont 28% sont détériorées ou menaçant ruine et 33% ayant une valeur historique et urbanistique.Son ancienne médina invite les touristes à venir profiter de son climat ensoleillé, de son calme et de sa convivialité. La ville était également réputée pour ses aloses, qu’on venait déguster ou acheter aux pêcheurs des bords de l’oued Oum Rabii. Ce fleuve, qui est d’un bleu foncé et qui rappelle le passé maritime de la ville d’Azemmour, représente l’âme de cette ville magique.

Cette ancienne médina forme un quadrilatère allongé au bord du fleuve, limité au Nord par la casbah, à l’Ouest par les quartiers Zaouïas, au Sud par l’ancienne route de Casablanca et, à l’Est, par l’Oued Oum Rabii. Son enceinte présente trois bastions: Bordj Sidi Moumen. Bordj Bâ-Qaïd et Bordj Derb Chtouka. La casbah, dont six bastions font une saillie (Bordj Hfir, Bordj Sidi Ouaâdoud, Bordj El Ouasti, Bordj Fondouk El Hana, Bordj Tahouna et Bordj El Mellah), est entourée de remparts couronnés d’un chemin de ronde d’environ deux mètres de largeur. Azemmour était réputée pour les travaux d’orfèvrerie et de broderie avec ses fameux motifs « aux dragons ». De nos jours, plusieurs activités artisanales sont encore présentes à Azemmour comme la broderie, la tapisserie et l’ébénisterie. Azemmour était également le fief de l’art du Malhoune et a enfanté plusieurs maîtres dont les plus célèbres furent Si Ahmed Berkia, Ben Messaâoud El Hejjam et Jilali Labsir.
Azemmour est aussi connue par le légendaire personnage « Estevanico » (Saïd ben Haddou dit Estibanico).

Cet homme marocain, né à Azemmour aux environs de 1503, fut le premier, en tant qu’éclaireur des Conquistadors à découvrir et à traverser l’Arizona et le Nouveau Mexique, après avoir fait partie de l’expédition de Narvaez (Cabessa de Vaca). En son hommage, une association appelée “Association Estevanico » a été créée à El Paso en Floride. Azemmour, patrimoine architectural et culturel inestimable, a pu être préservée par nos ancêtres, grâce à leur savoir-faire. Leur souci s’articulait essentiellement autour d’un seul objectif, « perpétuer l’histoire », car un peuple qui ne vénère pas son histoire et son passé n’aura guère de racines et sa mémoire collective sera défaillante. Ainsi, cette cité a le mérite d’avoir été sauvegardée, vu qu’elle représente aussi un livre ouvert de notre histoire glorieuse. Rappelons que feu S.M. le Roi Hassan II, lors de son discours adressé aux architectes en janvier 1986 à Marrakech, avait conseillé qu’Azemmour soit un exemple parfait du patrimoine architectural qu’on doit préserver et qu’elle soit prise comme modèle dans la production architecturale contemporaine.

Si sa position géographique en a fait un point de jonction entre le Nord et le Sud et un carrefour d’échanges culturel et social, depuis des siècles, Azama, qui se lasse d’attendre son développement, présente aujourd’hui un potentiel tel qu’elle peut devenir un pôle touristique et culturel par excellence. Il y a des décennies qu’Azemmour connaît une léthargie criarde et que son développement est livré au chaos. Etrange phénomène que celui qu’on constate à Azemmour : le temps a été laissé au temps.

Et tous ses véritables chefs-d’œuvre se sont détériorés à cause d’un laisser-aller criant, sans parler des bâtisses et des maisons vétustes, qui ne tiennent debout que par miracle. C’est vrai qu’Azemmour est également concernée par un programme d’urgence pour sa réhabilitation (projet intégré de réhabilitation urbaine de l’ancienne médina d’Azemmour), pour lequel a été alloué un investissement de quelque 45,6 millions de DH, prévoyant la lutte contre les zones d’habitat insalubre, l’éradication des constructions menaçant ruine, le relogement des ménages touchés, la réalisation des infrastructures de base, l’aménagement des bords du fleuve Oum Rabii, la réhabilitation des édifices présentant un intérêt architectural, la reconstruction des murs de l’ancienne médina et l’aménagement des places ainsi qu’un circuit touristique. Et ce, dans le but de préserver la mémoire et le cachet historique de la ville d’Azemmour.

Une histoire riche

Azemmour signifie en berbère le rameau d’olivier. Elle a été l’une des premières villes marocaines islamisées, en 667 soit l’an 45 de l’Hégire par Moussa Bnou Nouçaïr. Sous les Idrissides, Azemmour connut une période de prospérité, étant donné que Moulay Idriss II y favorisa la frappe monétaire et y construisit plusieurs mosquées. Au XIe siècle, Youssef Ibn Tachfine s’empare d’Azemmour et y construit à son tour des mosquées et une fontaine. Sous le règne du sultan almohade Abdelmoumen, Azemmour était une cité florissante et celui-ci y construisit lui aussi une belle mosquée. Les Mérinides y érigèrent une médersa et une petite fontaine au cœur de la médina, au XIVe siècle. Durant la deuxième partie du XVe siècle et en l’absence du pouvoir central, la ville d’Azemmour fut le théâtre de multiples attaques par les pirates européens, essentiellement hollandais, portugais et espagnols. Pour avoir une protection, les Zemmouris furent contraints de signer un pacte avec le roi portugais Joao II (1486) puis avec Emmanuel 1er (1497) et devinrent leurs «vassaux». Ce dernier désigna alors un «facteur» portugais veillant sur les intérêts de son pays. En contrepartie de cette protection, les Zemmouris livraient du blé et de l’alose (10.000 unités par an).
Le roi portugais Emmanuel II et son pays décidèrent d’occuper la ville en 1513. Azemmour tomba donc sous la domination portugaise jusqu’en1541. Ce fut le sultan saâdien Mohammed Cheikh qui libéra Azemmour des Portugais. Sous les Saâdiens, cette ville marchande avec l’Europe jusqu’en 1672. Après sa libération et jusqu’en 1960, elle comptait une forte communauté juive. Car c’est une ville de tolérance et de cohabitation par excellence.

D’après lematin.ma - Par Abdelmajid NEJDI

 


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